

Durbuy s’enorgueillit de son appellation de « plus petite ville du monde ». Ce titre de ville, dont a hérité la nouvelle commune, lui a été accordé au 14e siècle par Jean l’Aveugle, Roi de Bohême et Comte de Luxembourg.
Plus que le château, dont l’état actuel date de la fin du 19e siècle, la Halle aux Blés est le témoin privilégié et le symbole éclatant des riches heures de la Terre de Durbuy.
La halle actuelle date en effet du 16e siècle (vers 1530-1540), période de prospérité économique pour la région, grâce à la métallurgie. A cette époque, la halle est bien la « maison communale », combinant les fonctions de marché couvert (au rez-de-chaussée, qui était alors en grande partie ouvert) et de maison de la magistrature. Tiennent leurs réunions et assemblées à la halle : la Haute Cour, la Cour féodale et la Cour d’échevinage, qui administre la ville et franchise de Durbuy.
Au 17e siècle, la ville est en déclin économique, conséquence de la Guerre de Trente Ans. L’activité métallurgique a disparu totalement. Nombre des premiers métallos wallons ont alors mis le cap sur la Suède, à l’appel de Louis de Geer et son cousin Mathieu. La halle était délabrée et a alors été rénovée. En 1639, elle a été raccourcie de moitié, perdant sa partie arrière correspondant au marché couvert.
Elle conservera sa fonction d’hôtel de ville et de siège de la magistrature, rôle qu’elle gardera jusqu’à la fin de l’Ancien Régime.
Le bâtiment subira encore diverses transformations (ainsi en 1718 et 1756). L’appellation “halle aux blés”, apparue au 19e siècle, est réductrice. S’il s’agit bien d’une halle (puisqu’elle abrita longtemps le marché public), l’expression « aux blés » pose question, puisque la halle n’a servi qu’exceptionellement d’entrepôt pour ce type de denrée.
La halle est monument classé par Arrêté royal du 23-11-1976. Actuellement propriété de la Ville de Durbuy, elle fait aussi partie depuis 1993 du patrimoine immobilier exceptionnel de la Wallonie. Elle méritait bien une restauration, projet qui s’est fait attendre pendant des décennies.
Ce projet ambitieux initié et financé à 95 % par la Région wallonne a été précédé d’une recherche archéologique complémentaire, effectuée par le Service de I’Archéologie de la Région wallonne. Ces investigations, qui ont fait appel à la dendrochronologie pour les datations, ont fait apparaître, en sous-sol, les vestiges des fondations de la halle du 14e siècle. De même, les grandes lignes de l’évolution architecturale du bâtiment ont été précisées.
Pour l’anecdote, on rappellera que le chantier, à peine entamé, dut être interrompu pendant plusieurs mois, afin de permettre à une colonie de chauves-souris d’une espèce protégée de mettre bas !
L’objectif majeur était de rendre le plus possible au bâtiment son aspect originel du 16e siècle, en incorporant ici et là, pour des raisons à la fois de solidité et d’esthétique, des éléments modernes, comme cette cage d’escalier en verre et alu accolée à l’arrière. Le coût de ces travaux dépasse le montant de 1.250.000 euros.
Le célèbre pignon est sorti transformé de l’opération : nouvelles couleurs, rétablissement des anciennes ouvertures et de la ferme débordante que supportaient autrefois six consoles, sculptées en forme d’allégories. Quatre des consoles originales, dont la Folie et la Sagesse, l’Homme sauvage et l’Homme civilisé, sont visibles à l’intérieur du bâtiment avec le poinçon sculpté en forme de tête de dragon. Des copies devraient reprendre la place qu’occupaient les originales sur le pignon, qui n’en a pas fini d’inspirer les artistes, d’autant que la nouvelle vie de la halle est placée sous le signe de la culture.
A l’intérieur de la halle, une superbe maquette du bâtiment tel qu’il devait être au 16e siècle, c’est-à-dire deux fois plus long et avec un rez-de-chaussée ouvert où se tenait le marché public.
